
(Marseille, 1935 - )
Jean-Max Tixier est né à Marseille en 1935. Il est issu d’une vieille famille provençale apparentée à Frédéric Mistral. Il a fait des études de sciences et de lettres et élabore une thèse de troisième cycle s’intitulant « Poésie et Mathématiques ». Il s’intéresse alors à l’écriture sous tous ses aspects et aux rapports entre la littérature et les sciences. Ayant mené pendant longtemps une carrière d’enseignant associée à une carrière d’écrivain, il s’adonne aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Poète, romancier, critique, il est membre du comité de rédaction des revues Autres Sud (après la revue Sud, de 1970 à 1996), Encres Vives et Poésie 1/Vagabondages.
Jean-Max Tixier est très fidèle à sa région natale, la Provence (« ma terre, je la porte à l’infini »), comme en témoignent nombres de ses romans parus dans les éditions Presses De la Cité. Auteur de plus de 70 ouvrages dans des genres divers (certains en collaboration ou sous pseudonyme, dont une majorité de recueils de poèmes), il reçoit en 1994 le Grand Prix Littéraire de Provence pour l’ensemble de son œuvre.
Il a également écrit des contes (Un lavoir en Provence et autres histoires), des documents jeunesses (La crèche et les santons de Provence), des anthologies (Saint John Perse à Giens) et a même collaboré à l’élaboration d’ouvrages photographiques (Treizième ciel en Provence). Il a reçu divers prix littéraires pour ses multiples œuvres.
Cet auteur est présent à des manifestations littéraires comme la Fête du Livre à Toulon où il peut se forger une renommée encore plus importante, et ainsi se faire connaître de tout public.
BIBLIOGRAPHIE
Poésie
La pousse des choses, éd. Encres vives, 1967
La vague immédiate, éd. Mic Berthe, 1967
La pierre hypnotisée, éd. Les Nouveaux Cahiers de "Jeunesse", 1968
En guise de paroles, éd. Encres vives, 1970
Mesure de la soif, éd. Encres vives, 1970
Design, éd. Encres vives, 1973
Lecture d’une ville, Sud, 1976
Ouverture du delta, éd. Encres vives, 1980
Demeure sous les eaux, éd. L’Atelier des Grames, 1983
Etats des lieux, Ed Sud, 1984
La Traversée des eaux, Sud, 1984
Silence ombre portée, éd. Encres vives, 1987
L’arrière-temps, La Table rase, le Noroît, 1989
Vertige Camaieu, éd. Telo Martieus, 1991
Etats du lieu, Autres Temps, 1992. Prix Campion-Guillaumet de la SGDL, - Prix Louis-Guillaume.
Espace d’un jardin, éd. Associatives Clapas, 1993
Le Roseau Noir, éd. L’Atelier des Grames, 1994
L’instant précaire, L’arbre à paroles, 1995
L’oiseau de glaise, Arcantère, 1995. Prix Antonin Artaud
Questions de climat, éd. Autres Temps, 1997
Scènes des songes quotidiens, éd. Associatives Clapas, 1998
La belle saison, Encre Bleue, 1998.
Recitativ de Sare, traduit du roumain, éd. Libra, , 1999
L’imprécation du silence, éd. Cogito, 1999
Veillées provençales, Encre Bleue, 1999.
Où s’invente le jour, éd. Associatives Clapas, 2000
Le Temps des guêpes, éd. Tipaza, 2000
Le festin des mouettes, Parpaillon, 2000.
Aphrorismes du silence, collection Le Livre d’argile, 2001
Chasseur de mémoire, Le Cherche-midi, 2001
Fragments de l’obscur, éd. Associatives Clapas, 2002
Double marée, collection Pli dirigée par Daniel Leuwers, 2002
Jardin ou peut-être jardin, Alain Benoît, 2003
Le manteau de Circé, ed Le Taillis Pré, 2003
Profils de chutes et autres partitions, éd. Telo Martius, 2003
Requiem pour un silence, éd. La Porte, 2003
Le temps des mots, en collaboration avec Jean-Louis Troianowsky, Pluie d’étoiles, 2004.
Fragments de l’obscur/Frammenti dal buio, édition bilingue, Campanotto Editore, Passian di Prato, 2004
Petites histoires de la mer, Pluie d’étoiles, 2004.
Stances à la demme dernière, éd. Alain Benoît, 2005
Passage, avec Youl, tirage limité à 3 exemplaires, 2005
Les silences du passeur, Le Taillis Pré, 2006.
Participation à des anthologies
Poètes de sud, éd. Rijois, 1978
Joyaux au sud / Juvaere din sud, traduit du roumain, éd. Cogito, 2004
La Poésie française contemporaine, éd. Cogito, 2004
Saint John Perse à Giens, Images en manœuvres, 2006.
Romans
Le jardin d’argile, le Cherche-midi, 1997
Le crime des Hautes Terres, Les Presses de la Cité, 2001
La fiancée du santonnier, Les Presses de la cité, 2002
Le maître des Roseaux, Presses De La Cité, 2003.
Meurtre à l’essai, Adcan Editions, 2003.
Marion des salins, Presses De La Cité, 2005.
L’homme chargé d’octobres, Le Cherche-Midi Editeur, 2005.
Le Mas des Terres Rouges, Presses De La Cité, 2006.
L’aîné des Gallian, Presses De La Cité, 2007.
L’Ombre de la Sainte-Victoire, Presses De La Cité, 2008.
Le Juge de paix, Presses de la Cité, 2008.
Le Cavalier des deux rives, Melis, 2008.
Nouvelles et contes
Le Berger d’Ombres, Luneau Ascot,1985.
Le Festin des mouettes, Parpaillon Editions, 2000.
Un lavoir en Provence et autres histoires, Pré aux Clercs, 2007.
Nouvelles et documents pour la jeunesse
Petites histoires de la mer, Pluie d’étoiles, 1999
La crèche et les santons de Provence, en collaboration avec Sabine Nourrit, Autres Temps Editions, 2000.
Essais
Vers une logique poétique, éd. La Table Rase, 1980.
Chants de l’évidence, Autres Temps Editions, 2008.
Livres d’artistes
Le cabanon, Jeanne Laffitte, 1998.
Marseille vous souhaite la bienvenue, (bilingue français/anglais), en collaboration avec Christian Crès, EEMP, 1998.
Provence, EEMP, 1999.
Georges Briata, Edisud, 2002.
Le Var, beauté sauvage, en collaboration avec Dominique Zintzmeyer, Cres, 2004.
Treizième ciel en Provence, en collaboration avec Gilles Martin Raget, Editions Jeanne Laffitte, 2005.
A PROPOS DE SON ECRITURE...
La bibliographie de Jean-Max Tixier est très riche et très diverse. En effet, nous pouvons remarquer qu’elle contient des ouvrages avec des formes d’écriture très différentes. Nous pouvons par conséquent dire que cet auteur est très flexible dans sa manière d’écrire, sans compter qu’il est également membre du comité de rédaction de trois revues (Autre Sud, Encres vives et Poésie 1/ Vagabondages), ce qui fait de lui un critique en plus d’un poète et d’un romancier.
Ses deux anthologies font de lui un écrivain complet. Saint John Perse à Giens évoque notamment l’installation d’un Homme de l’Atlantique sur cette presqu’île, qu’il va finir par apprécier. Il fait la description du poète, très amoureux des paysages, et de ses œuvres élaborées sur le bord de mer. Il décrit ainsi sa vie dans la plus grande intimité ainsi que les relations qu’il peut y avoir entre l’homme et l’œuvre.
Jean-Max Tixier a collaboré aussi à l’élaboration de plusieurs ouvrages photographiques, comme en témoigne Treizième ciel en Provence, qui sont des photographies des Bouches du Rhône. Il a également écrit des ouvrages sur des peintres comme Georges Briata, peintre originaire de Marseille.
Dans chacun de ses ouvrages, il montre fortement son attachement à sa région d’origine, c’est-à-dire la Provence. Il utilise la description des paysages comme une force de son écriture, afin d’inciter le lecteur à se créer son propre décor et à développer son imagination. Les paysages sont réels certes, mais dans ses romans, et notamment ceux édités chez Presses de la Cité, dans la collection Terres de France (où chaque auteur crée une histoire dans son propre paysage natal), son histoire se base sur un fait imaginaire concrétisé par la description réelle du décor.
Sa « terre natale » étant le principal pilier de son œuvre, nous pouvons ainsi noter qu’il n’utilise pas seulement la description du paysage dans cet univers contextuel. Il utilise également les odeurs, les objets qui caractérisent la région, comme dans le roman La fiancée du santonnier où il tient à rappeler la fabrication du santon typiquement provençal, ou encore dans les documents jeunesses ou les contes comme Un lavoir en Provence et autres histoires.
Ses romans sont souvent accompagnés d’une approche historique de la région en plus du descriptif, ce qui permet de mieux situer le lecteur et d’éventuellement mieux imaginer la situation dans laquelle se déroule l’histoire.
Mais il ne parle pas seulement de sa terre natale dans ses romans. Il l’expose ouvertement dans ses recueils de poésies avec beaucoup d’art, et en mettant en valeur sa beauté et sa véracité. Nous pouvons ainsi le remarquer dans Chasseur de mémoires, un ouvrage en prose, avec des poèmes très courts, mais où beaucoup d’images se superposent.
Son public est donc très divers et il initie chacun à une approche plus personnelle de cette région pour laquelle il a autant d’affection. Son écriture se présente ainsi comme dense, elliptique, ramassée qui, avec ses éléments réels, ne tombe pas dans le piège de l’abstraction. L’écriture de sa poésie est souvent une remise en question face au monde réel afin d’acquérir une certaine philosophie de la patiente humilité. Il relie beaucoup son écriture à la matière scientifique, chose qui semble surprenante au premier abord, mais qu’il maîtrise avec beaucoup de finesse.
AVIS PERSONNEL
A la lecture de Chasseur de mémoire, l’un de ses recueils les plus célèbres, j’ai pu découvrir une particularité qui m’a frappée au premier contact avec l’ouvrage. En effet, à chaque début de ses chapitres il y a une citation d’un écrivain célèbre, comme René Char, Louis Aragon ou encore Jean Tortel, en rapport avec l’intitulé du chapitre. On ne le trouve pas dans tous les ouvrages, mais là, dès le premier regard, avec cette pointe d’originalité, cet auteur donne envie de se plonger dans son œuvre.
De plus, il différencie bien chaque poème, toujours avec un contexte différent, ce qui donne une impression de voyager à travers les lignes.
J’ai pu remarquer que le thème principal développé est bien le paysage, dont plusieurs éléments très reconnaissables montrent qu’il s’agit de la Provence, sa « terre natale ». Le tutoiement est très présent, ce qui donne au lecteur l’impression que l’écrivain s’adresse directement à lui, et par conséquent qu’il lui fait jouer un rôle crucial dans cette expression si peu commune du paysage.
A travers ce paysage domine le domaine de l’obscurité et beaucoup de doutes du côté du poète, accentués par des questions qui semblent dans la profondeur être des questions existentielles. « Vers quoi ? Vers qui ? Pour quel usage si nul se souvient ? ». L’obscurité certes dominante dans cette œuvre est cependant mise en parallèle, paradoxalement, avec la lumière et le poète utilise énormément de verbes ou d’expressions pour renforcer ce jeu d’ombre et de lumière.
Son autre grand thème est le silence. Jean-Max Tixier joue beaucoup avec les mots, comme j’ai pu le constater grâce aux différentes métaphores qui désignent en réalité le silence. « Musique inaudible » en est un bon exemple, et le poète s’amuse avec le côté paradoxal de cette expression, créée avec art et beaucoup de finesse.
Le silence est aussi associé à n’importe quel élément humain, ses personnifications donnant ainsi un sens toujours différent et une grande complémentarité à sa poésie. Les références à des éléments du corps humain, outre sa description de paysages réels, rendent selon moi plus concrète sa poésie.
Il semble y avoir aussi différents personnages dans ce recueil, notamment avec la présence des pronoms « moi », « tu », « elle », ce qui permet d’imaginer deux poèmes après par exemple, une situation avec un contexte bien différent. La citation et la fusion de mots scientifiques avec la nature (« Chiffre, atome… ») rappellent sa thèse de troisième cycle, Poésie et Mathématique, et sa volonté d’une compatibilité entre ces deux entités. Ce lien qui au départ semble si étrange ne choque pas en réalité à la lecture et offre une belle fusion de ces deux domaines.
Il a comme autre thème aussi le sel sous toutes ses formes. Ainsi, il parle de la gabelle, un ancien impôt que devaient payer les paysans à leur Seigneur et qui ne faisait pas toujours l’unanimité. Son approche historique aide le lecteur à mieux se situer et donc à mieux faire travailler son imagination. Il établit nombres de comparaisons entre l’Homme et l’animal pour aboutir à l’énonciation de situations réelles de la vie mais il contribue aussi au développement d’un monde imaginaire, propre à chaque lecteur, par l’appel aux cinq sens du corps humain.
Cet écrivain joue également beaucoup avec les couleurs, et prend soin à ce qu’il y ait toujours une certaine fluidité entre elles. Il expose également sa manière d’écrire d’une façon très subtile, et permet au lecteur de lire éventuellement entre les lignes « au plus tranchant du verbe », à travers de nombreuses images comme « résille de mots sur le visage ».
Il transmet de même le poids du souvenir et du temps qui passe à travers l’énonciation stylistique de la vie courante. Le noir revient constamment et laisse une possibilité au lecteur de se questionner sur ses états d’âme, sur la vie, sur le paysage… Sentiments très forts qu’il laisse paraître par la douleur concrète de l’Homme dans son écriture « Les étals de granit, l’homme les a signés de son sang ».
Son style d’écriture est très inhabituel. Ses poèmes en prose sont très courts, mais développent néanmoins beaucoup d’idées, bien délimitées par son utilisation massive et volontaire des points, qui rythment tout ce recueil. Il isole parfois un mot, ce qui augmente d’un certain côté l’oppression, l’angoisse du monde actuel qu’il réussit, en très peu de lignes, à transmettre parfaitement à son public, en touchant sa sensibilité.
Il utilise également la force des souvenirs pour surprendre le lecteur, par des sensations visuelles et physiques, et augmenter aussi l’émotion par des personnifications comme « nuque du songe ».
Parmi toutes les descriptions de décors, l’un m’a beaucoup frappée car m’a rappelé un voyage que j’ai effectué en Camargue. La lecture de son poème a permis de raviver ce souvenir, et cela peut en raviver ainsi à d’autres lecteurs : « Sur l’arène semée de sel le taureau s’efface », « Vers le delta où dominent des eaux saturées de sel »...
Cela constitue en partie le charme de ce recueil. A travers l’abstraction de la poésie en elle-même, les états d’âme des lecteurs sont mis à l’épreuve et cela laisse place à la mémoire, d’où le titre de cet ouvrage, non choisi au hasard : « Chasseur de mémoire ». En effet, à travers l’écriture, ce poète nous invite à nous rappeler d’un passé peut-être meilleur, au-delà de la nature et de la société, où se retrouvent "seulement" toutes les sensations humaines. Les mots peu employés dans le langage courant frappent et aident à « ce retour en arrière », comme par exemple « dessiccation », qui exprime l’action de sécher.
Ses poésies sont énormément basées sur le système de progression, avec des dénouements plus ou moins flous, ce qui m’a laissée en haleine et qui, à la fin de cet ouvrage donne l’envie d’en lire d’autres. En effet il est intéressant de voir les évolutions de la matière, de la vie et de toutes ces expressions qui portent à la réflexion : « De nouveau la vie est douce », « Tandis que le soleil renonce, la joie flambe », « Tout est obscur dans le désir ».
Ces images métaphoriques sur la vie occupent le rôle principal dans sa poésie et donnent ainsi le ton. On a un grand enthousiasme à lire ce recueil, qui traite du combat de la nature pour la vie, combat qui est aussi celui de l’homme. C’est pourquoi je conseille vivement sa lecture. Car même avec la présence de mots peu communs, chacun peut ainsi réfléchir sur son existence et regarder avec beaucoup de philosophie son passé. Je me suis sentie concernée par cette œuvre, et cela a autant ravivé de souvenirs chez moi, que cela m’a portée vers une réflexion et une vision du monde très différente.
Estelle Arnaud